
Unité de Développement Social. Nom énigmatique. Vous auriez une idée de ce que ça peut être ici ?
Allez. Je vous aide, c'est une agence gouvernementale.
Quoi vous avez toujours pas d'idée ?
Retour en arrière. Hier je discute avec Xin, une Singapourienne aussi en cours à NUS. Petit test: là normalement si vous avez suivi mes explications, le fait que je puisse discuter avec une locale signifie... ? Que je l'ai payée ? Mauvais réponse, merci pour le mauvais esprit. Qu'elle est plus ouverte que la plupart des locaux, donc... qu'elle est déjà partie en échange en dehors de la bulle d'air conditionné qu'est Singapour, bande de niais.
Elle m'explique que les émissions tardives de radio Françaises pour d'jeunz' avaient été... pour le moins surprenantes pour elle, étant donné le langage cru et les sujets explicites/sexuels débattus sans tabous: "Tu sais, à Singapour il y a quelques années il y avait une radio pour ados qui s'amusait à demander aux gens la couleur des sous-vêtements qu'ils portaient sur le moment. L'émission avait un certain succès, le gouvernement a eu vent du principe, et la station a eu à stopper l'émission et à payer une forte amende: trop explicite pour les oreilles conservatrices de Singapour."
Alors effectivement là je me dis que si elle a eu le malheur de tomber sur un des concours de simulations d'orgasmes que Fun Radio' s'amusait à faire une fois minuit passé, elle a dû avoir un sacré choc...
Et on continue à discuter sur le conservatisme local, sur le mariage qui est mis sur un piédestal social, encouragé à tout pris par le gouvernement (je l'avais déjà écrit, seuls les couples mariés peuvent devenir propriétaires d'un logement social). On évoque le discours de premier Ministre lors des célébrations de la fête nationale: "il faut apprendre dès l'école à nos enfants à faire plus de bébés", avait-il déclaré. J'avais entendu ça en direct, et cette idée semblant venir d'un roman de Science-Fiction m'avait interloqué: jusqu'où peut aller ce type de manipulation ?
Les mentalités changent à Singapour... un peu. Si les films sont toujours censurés, ces quelques mots avaient au moins provoqué... le rire. Oui, pas d'indignation à l'encontre du Premier Ministre, quand même pas, on s'est juste contenté de gentiment penser qu'il n'était pas si sérieux, mais qu'il touchait peut-être un point juste, Singapour ayant seulement ... 1,2 enfant par ménage.
Et même si cette statistique inquiétante est bien connue, le SDU (Social Development Unit, donc) commence -enfin- à être regardé d'un mauvais oeil. Étrangement, il a fallu quelques mois pour que j'en entende parler, alors que le service existe depuis 1984 et est donc censé ne pas être si confidentiel...
Le principe est simple est m'est donc dévoilé par Xin: pour tenter de donner un coup de pousse à la courbe des naissances, les jeunes sortant diplômés des universités n'étant pas encore mariés, ou du moins même pas en bonne voie de le faire, doivent depuis 1984, s'inscrire à un service de rencontres... Et le gouvernement y va de sa petite sauce pour tenter de former des couples dans cette classe de gens brillants mais ô combien en perdition puisque n'ayant pas encore rencontré l'âme soeur.
Le SDU, c'est donc une agence de rencontre gouvernementale, passage obligé pour les jeunes diplômés célibataires. On me souffle que ladite agence n'est plus depuis quelques années au goût des jeunes actifs, qui commencent à faire tout leur possible pour l'éviter. Bonne nouvelle, mais tout de même... argh! Comprendre qu'il y a quelques années, être un jeune de 22-23 ans célibataire était plutôt mal vu... c'est un peu difficile :)
Les coeurs à prendre peuvent s'inscrire chez eux, LoveByte, ceux qui veulent plus d'infos sur le sujet peuvent consulter - et pourquoi pas améliorer - notre chère Wikipédia : ici et là.
(Photo bitzi)
Dialogue ce midi avec la colloc' qui se ramène un truc à manger à la maison :
Moi: mmm, ça sent bon, c'est quoi ?
Elle: à manger.
Moi: Ouais mais c'est quoi, tu l'as trouvé où ?
Elle: Bah ça vient d'un food court, c'est de la bouffe, t'es con où quoi ?
... Bonne ambiance... Promis je ne tenterais plus de faire la conversation. ça sent la fin...

Franchement. Alors là je rentre du cinéma. Le dernier James Bond, le fameux. Très belles images, très belles.
Mais bordel ? C'EST QUOI CES COUPURES ????
Pour tout singapour, James Bond est un agent secret tip top.... platonique. Tout le moindre petit bout de truc érotique disparait.
Et voilà... du coup on manque plein d'explications, et on comprend pas grand chose. Le pire c'est qu'il y a aucun effort de fait pour avoir des coupes potables. C'est de la boucherie, horrible, limite risible pour nous, européens...
Et puis aussi je suppose que certaines scènes "trop violentes" ont dû être coupées, parce que... mouais.
Donc par exemple... à la fin, le méchant monsieur, pistolet pointé sur son front avoue sa défaite à 007: « make it quick ». Et la suite, ça coupe, James Bond sort de l'immeuble, et dit à M qu'il a enfin compris les motivations du mec. Cool, mais nous on les a pas eu. C'est pas comme si on s'était demandé le pourquoi du comment durant tout le film. Et puis aussi elle parle d'un mec qui a deux balles dans la tête, sauf qu'aux dernières nouvelles, nous on l'avait vu bien vivant. Bref. Fiasco. Total.
Donc je suis bien dégoûté, je ne pense pas aller revoir de Film à Singapour de sitôt.
(Dans le même genre, samedi dernier y'avait armaggedon à la télé, et on avait pas droit à pas mal de scènes... les bisoux dans les réacteurs d'avions, le trip "petit crackers dinosaures" qui se balladent sur la cuisse à Liv Tyler...)
(Photo turbomatte)
Je me suis totalement arrêté dans mon récit indonésien, du coup vous n'avez que les mauvaises impressions. Mais en vrai on a fini par la rencontrer ladite Nimitz, on s'est fait balader, et c'était bien sympa.
Et puis on a passé 2-3 jours à Bali, le stéréotype sable blanc-cocotiers.
Juste un peu perdu la fièvre de l'écriture...
Et ce message est totalement post-daté

Le lundi commence par une bonne nouvelle : on reçoit un sms qui nous vient de KL "j'ai raté mon avion samedi, j'arrive ce soir à 17h à JK; vous êtes pas déjà partis j'espère ?"
Ca va qu'on prévoyait de prendre nos billets d'avion au petit matin ! Le lundi donc, on attend donc l'arrivée de Nimitz à 17h. Ouais, Nimitz, comme les porte-avions, faute de goût, j'sais pas ce qui est passé dans la tête du père, nan. Mais on se doute qu'une visite de "l'intérieur" vaut le détour, alors on est impatients, comme des gamins.
En vrai jusque là tout n'était pas si terrible, juste qu'on a mal réagi, qu'on se dit. Et en fait, le truc pas mal du tout à Jakarta, encore une fois, c'est la bouffe ! On a trop bien mangé !
Et comme d'habitude à Singap', on vérifie avec succès le dicton : "plus l'endroit où on mange à l'air dégueu, plus ce qu'on te sert a des chances de compenser". (et en plus, ce sera pas cher).
Alors on a mangé dans des endroits miteux avec des couverts sales, des mouches qui te tournent autour, et la tête dans la pollution, mais on a bien mangé. L'effet secondaire agréable, c'est que les rares européens que tu croise te regardent avec des yeux pas possibles genre "nan, ils mangent vraiment ici ?" et t'es sûr d'être bien tranquille. Le truc plutôt à la mode c'est ces p'tites roulottes à tout faire de bord de route, dans lesquelles y'a tout un nécessaire à cuisiner. C'est assez impressionnant de voir le gars cuisiner, et de noter toutes les astuces employées pour gagner de la place et/où des sous.
Ce que j'ai beaucoup apprécié, c'est le soto ayam (soto = soupe ; ayam = poulet; l'indonésien c'est facile y'a pas de grammaire). C'est une soupe (généralement pas mal épicée, comme quasiment tous les plats, l'astuce étant de manger les cacahuètes grillées servies avec aussi quasiment tous les plats: c'est un neutralisant "d'épicé" terrrrriblement efficace) de poulet, avec des petites nouilles fines translucides, et des petits légumes dont entres autres des fines lamelles de chou chinois. C'est en général servi avec un bol de riz et des chips à la crevette faites maison. 70 centimes d'euros en comptant la boisson, Teh botol ! (C'est un bête thé sucré, servi froid dans des bouteilles Coca-Cola-like. Le gars qui a eu l'idée toute con de mettre dans des bouteilles en verre du temps doit être horriblement riche)
Slurp !
Ce qu'on trouve aussi facilement, c'est les différents satays (sate !). Ici, c'est du poulet, sate ayam, mais y'a du poisson aussi, sate lilit, du boeuf, du mouton, etc... Viandes fumées servies dans une sauce aux cacahuètes et avec du riz, miam !
Et puis y'a aussi les nasi goreng (nasi = riz ; goreng = grillé, enième variation des riz mêlés : y'a ceux au poulet, ceux "special", ceux aux fruits de mer, ceux végétariens...), les diverses viandes carbonisées dont ayam bakar ("poulet brûlé") et des sortes de toasts locaux, roti bakar, etc... etc...
(photos Chandra Marsono, Gary Lai, Killer Turnip, alexmama et satya.m)

Ouais. Sortir, c'est terrible, parce que le traffic à Jakarta, ça vaut le détour. En fait si vous regardez les pages flickr d'où sont tirées ces photos, vous lirez un peu partout "rush hour", heure de pointe. Mais le truc, c'est que si tu parles un peu aux locaux, on te diras qu'à Jakarta, quelle que soit l'heure, c'est _toujours_ l'heure de pointe. Le seul paramètre qui varie étant où se situe l'énorme monstrueux bouchon. Pour parler clairement, n'importe quel déplacement en taksi, c'est minimum 30 minutes, même pour aller quasiment la porte à côté. 2 heures de temps de trajet pour une course basique n'est pas non plus exceptionnel....
Le gouvernement n'en peut plus, il y a quasiment une voiture par habitant ici, et les mesures prises pour réduire le traffic ne fonctionnent pas. (Concrètement, sur certaines portions de routes, il est interdit de circuler seul dans sa voiture, sans quoi vous devrez payer une très lourde amende pour l'indonésie [150 000 Rupiahs, soit ~10€, interdit de rire]. Contre-solution débrouillarde simple, et qui en plus créee des nouveaux emplois : aux entrées et sorties de ces routes, des dizaines de personnes attendent, pour faire "sac à patate" sur ces portions de routes contre 1 000 à 10 000 rupias, moins d'un euro. Le traffic n'est pas réduit, personne ne paye d'amende, pas terriblement efficace) Alors la solution, ici comme dans la plupart des villes asiatiques, c'est les scooters/motos, qui pullulent, vu qu'on peut trouver facilement son chemin dans les embouteillages. Mais bien sûr, pour passer, il faut que les voitures te laissent un petit bout de place. Alors ça klaxonne. Et ça klaxonne constamment... Des milliers et des milliers de motos qui klaxonnent toutes les secondes, pour pouvoir passer...
Combiné aux embouteillages, à la pollution suffocante et compagnie... c'est vraiment le dernier ingrédient pour un cocktail "méga-stress", franchement paniquant.
Et pour reprendre un dicton du coin : tu marches 20 mètres à Jakarta, t'es mort. Y'a plusieurs significations : personne ne respecte rien sur les routes et roule n'importe où sans trop faire attention; comme en Égypte, pour traverser, vu que les passages piétons font juste figuration faut se lancer hardiment au milieu du traffic en faisant confiance aux gens pour t'éviter (littéralement, si t'attends qu'on te laisse passer, au bout de 10 minutes une vieille femme ou un gamin prend pitié de toi, viens te prendre par la main et traverse sans regarder); et puis bien sûr t'es le blanc ici, millionaire (rappel : 1M Rp ~= 73€), et les rues ne sont bien évidemment pas sûres pour toi : seul un taksi d'une compagnie renommée t'assures une relative sécurité. Ouais, drôles, ces premiers jours.
En fait en y regardant de plus près, pour caricaturer, les touristes à Jakarta y restent pas bien longtemps, et pas dans le backpackers miteux dans lequel on était. Les Ritz, Hilton et Méridiens sont peu chers, et décentrés. Autour de nous donc, que quelques voyageurs en transits pour deux trois jours, les autres étant des junkies et des gros dégueulasses qui ne voyagent pas avec leurs femmes.
Mais nous, tu vois, on persiste, on aime cet environnement miteux et craignos, et on va même y rester ô mon Dieu, 2 jours. En fait, on a pas le lonely planet avec nous. Tout ce qu'on a, c'est un mail d'un pote Indonésien qui vit maintenant à Singapour, et qui nous file les bons coins pour aller manger, et les endroits pas chers pour se refaire une garde-robe.
On avait bien rendez-vous avec une nénètte que Saul avait rencontré à KL (Kay Elle, Kuala Lumpur pour les intimes du Sud Est Asiatique), et qui revenait voir sa famille à Jakarta le même jour que nous. Naïfs, on étaient tous heureux de se faire montrer les bons coins par des locaux, mais, hé, la belle donzelle nous a posé un lapin, et ne décroche pas son téléphone.
Et puis aussi, ce qu'on vous a pas dit les petits... c'est que c'est le Ramadan, et que l'Indonésie est un pays majoritairement musulman... Ahah, ohoh, drôlerie !
Pour le coup les prières qui m'avaient parues si mélodieuses au petit matin lors de mon atterrissage au Caire, lorsqu'elles sont scandées tout le jour durant à tous les coins de rues à tel point qu'on ne discerne plus d'où vient telle ou telle prière perdent un peu de leur charme...
C'est pas forcément facile de trouver à manger pendant la journée, mais ç'est pas le pire.
Notre premier soir, c'était samedi soir... "Saturday night, dans une ville aussi peuplée, ça doit être gigantesque !" Alors riches de nos millions et endimanchés de nos nouvelles chemises trop classes - 5€ l'une -, on a fait : "taxi: au palace !". Direction "X-2", la boîte la plus hype de tout Jakarta, bondée à craquer tous les soirs; pt'être même que même nous, des étrangers, on pourrait se voir refuser l'entrée un samedi soir, qu'on nous avait dit... Je vous passe l'épisode "3h de transport crisant pour y aller, dont 2h avec un taksi qui se fout de notre gueule", on arrive là-bas à minuit, crispés comme pas deux. Y'a plusieurs salles, on fait le tour... Tient la première c'est plutôt ambiance lounge, 'pas l'air d'avoir trop de succès... La deuxième, jazzy, archi-vide... la troisième.... etc... C'était archi-vide, en tout et pour tout peut-être 150 personnes dont 20 serveurs, 30 putes, et 5 autres européens bien gros et dégueulasses et qui nous font honte...
Bien déçus de la nighlife à Jakarta pour le coup... ! Mais, okay, on a été complètement naïfs, et il apparaît donc que l'on ne plaisante pas avec le Ramadan, même pour les p'tits jeunes branchés... privés de sorties !
C'est donc las, déçus et stressés que l'on s'apprête à quitter Jakarta le lundi matin. On se renseigne sur le train pour aller à l'Est de Java, et ensuite traverser jusqu'à Bali en bateau, mais tout le monde nous regarde avec des gros yeux : Le train ? ça prendra plus de 30 heures, vous pourrez pas dormir parce qu'il faudra faire attention à vos affaires, c'est pas sûr, machin machin... Okay. On regarde pour l'avion, hop on prendra demain nos allers Jakarta-Denpasar, c'est vrai que ç'est bien moins drôle, mais ça nous coûte 450 000 Rupiahs chacun, une misère, alors bon, on va pas pleurer.
(photos Chandra Marsono, Ramon2002, Ian Riley, et sam739146)

Les premières impressions à Jakarta sont terribles, franchement désagréables. C'est pollué, bruyant, odieux, stressant, terrible.
Oui je savais, je m'y était préparé; mais c'est quand même dur pour les premiers jours.
Jakarta la folle; Jakarta la ville aux 20 millions d'habitants (Saul, pensif, me faisait remarquer que les Pays-Bas comptaient moins de 15 millions d'habitants) ; terriblement polluée... Tout le monde se ballade avec des masques sur le visage, il y a un brouillard grisâtre constant, et même si le ciel est toujours dégagé, la nuit on ne voit absolument aucun éclat, aucune étoile dans le ciel toujours grisâtre.
Il fait théoriquement bien moins chaud que Singapour, avec un climat plus sec; mais la réalité est toute autre... oui sur le mercure il fait peut-être moins chaud (encore que je n'ai pas mesuré) mais la pollution rend vraiment l'expérience très désagréable. C'est Grenoble en été, avec des températures tropicales, en somme. Terrible, dégoulinants et complètement asséchés dès lors qu'on met un pied dehors.
Et mettre un pied dehors à Jakarta.... c'est toute une aventure.
(photos timekin et tima)